"Maladie infectieuse à déclaration obligatoire provoquée par une bactérie parasitant de nombreux animaux, en particulier les rongeurs (rats) et présente dans les milieux aqueux, préférentiellement tièdes."
C'est la zoonose (maladie des animaux et des hommes) probablement la plus répandue au monde.
On la trouve chez le rat, le chien, le bétail et elle est transmissible à l'homme.
Il s'agit d'une maladie bactérienne due à des bactéries Spirochètes (bactéries en forme de ressort) du genre Leptospira.
Une seule espèce est pathogène pour l'homme : Leptospira interrogans, pour laquelle il existe de nombreux sérotypes (= race, pour les bactéries).
On connaît entre 100 et 200 sérotypes différents de leptospires au monde, souvent associés à une espèce animale.
En Polynésie Française on en a dénombré au moins une vingtaine.
Le sérotype Leptospira interrogans ictero-haemorragiae est le plus fréquent, hélas, à l'origine de la majorité des formes graves. Il est associé au rat.
Ensuite on trouvera, pour Tahiti, dans l'ordre décroissant des cas recensés, principalement les formes australis(austral=sud), canicola (canis=chien, cola=qui va avec) et cynopteris (cyno=chien, pteris=aile), mais il y en a d'autres (ballum, pyrogenes, etc.) plus rarement identifiés mais présents.
* Le milieu :
Ces bactéries se développent en milieu pollué : Eaux stagnantes ou turbulentes.
La survie du germe est d'autant plus facile que l'eau est douce, boueuse, tiède (environ 20°C) et légèrement alcaline.
Les leptospires peuvent ainsi survivre hors de leur hôte pendant des jours, des semaines.
Elles sont tuées par la sécheresse, les savons, les désinfectants, ou une chaleur de 50°C pendant au moins 5 minutes.
Elles ne survivent que quelques heures dans l'eau salée.
Les leptospires réparties dans l'environnement qui parviennent au contact des muqueuses d'un hôte possible, ou qui sont avalées, provoquent ensuite la maladie.
* Les hôtes :
Il s'agit surtout des rongeurs (rats), des chiens, des porcs, des chevaux et des vaches, et extrêmement rarement des chats, des oiseaux, des reptiles et des poissons.
Les chiens attrapent la leptospirose par contact direct avec du sol ou de l'eau contaminée par de l'urine infectée, ou en consommant des déchets d'animaux infectés. L'animal porteur guérit de la maladie, mais continue de porter et d'excréter des leptospires pendant des mois, voire des années.
L'infection de l'homme est indirecte, par contact de la peau et des muqueuses avec des eaux souillées d'urine d'animaux infectés (80 % des cas), ou directe, par morsure, ou manipulation de tissus d'animaux contaminés, ou ingestion de nourriture ou d'eau contaminées. La contamination directe entre hommes est extrêmement rare. La contamination de l'homme dans une eau souillée pourra se faire d'autant plus aisément que ses téguments sont ramollis par l'eau et que sa peau est lésée par de petites coupures cutanées.
Toute personne en contact régulier avec l'eau douce ou avec la contamination est exposée, des sportifs (randonneurs à pied, en vélo, moto ou 4x4, plongeurs, canyonning, pêcheurs, chasseurs, etc...) aux professionnels (agriculteurs, éleveurs, personnels des abattoirs, bouchers, tanneurs, égoutiers, éboueurs, personnel de voirie, vétérinaires, animaliers, personnels des eaux et forêts, plombiers, agents de bassin d'épuration, plongeurs, personnels d'intervention d'urgence, agents du gaz et de l'électricité).
L'incubation dure 4 à 14 jours.
La maladie doit être traitée précocement si l'on veut éviter ses redoutables complications.
Pour le chien:
Il se caractérise au départ par :
Ensuite viennent les formes graves, pour lesquelles la guérison est rare :
Chez l'homme :
Les spirochètes entrent par les muqueuses et/ou les blessures de la peau, de la bouche, du nez, des yeux, et migrent dans les différents organes du corps.
La maladie se manifeste de façon assez semblable au chien : de l'état grippal, à la méningite ou l'insuffisance rénale.
Elle apparaît plus souvent chez les hommes que chez les femmes.
Le diagnostic est difficile à cause de l'aspect pseudo grippal du début, polymorphe ensuite et si le risque n'est pas évoqué. Une apparente rémission, avant un retour en force vers le 15e jour après la première poussée, devrait attirer l'attention.
On trouve :
Les formes graves conduisant à une évolution fatale représente de 3 à 5 % des cas.
La période d'invasion est plus courte (entre 7 et 12 jours).
L'ictère est habituellement intense avec :
Le décès peut survenir alors dans un tableau de défaillance multi-viscérale.
La mort est rare si la jaunisse n'est pas constatée.
Dans les cas bénins la poussée grippale se résorbe seule en deux à trois semaines, ce qui fait que le nombre de cas observés est sous-estimé.
Il nécessite, pour l'homme, une hospitalisation - voire un service de réanimation - en raison du risque rénal ( insuffisance rénale dans 25 % des cas )
Pour les deux, l'antibiothérapie ( pénicilline, amoxicilline ) n'est efficace que si elle est administrée précocement, c'est à dire avant l'apparition des signes hémorragiques. (au delà du 5e jour, c'est aléatoire)
Elle diminue le risque de complication mais modifie peu l'évolution.
La convalescence est longue mais généralement sans séquelles.
Les complications oculaires sont tardives ( 1 à 5 mois ) et guérissent généralement sans séquelles.
* Vacciner ?
Pour le chien :
Le chien a tout intérêt à être vacciné. Selon le risque de votre zone, prévoir 1 à 2 vaccins par an, durant toute la vie de votre compagnon.
Des vaccins sont disponibles chez les vétérinaires et protègent contre quelques sérotypes.
Les vaccins contre les sérotypes L.grippotyphosa et L.pomona, n'ont pas encore été mis au point. Les fabricants travaillent à présent pour inclure une protection contre ces formes émergentes.
Les propriétaires de chiens (vaccinés ou pas) devraient penser à la leptospirose chaque fois qu'un état grippal se manifeste et agir en conséquence (antibiotiques).
Pour l'homme :
La vaccination mise au point à l'Institut Pasteur est la seule actuellement disponible en France. Ce vaccin date de 1974. Il a été développé à la demande de l'organisme professionnel des égoutiers de la ville de Paris pour lesquels il a été rendu obligatoire en 1976.
La vaccination nécessite trois injections, une le premier jour, la seconde 15 jours plus tard et la troisième 6 mois plus tard avec un rappel tous les deux ans. Elle est efficace contre Leptospira interrogans hemorragiae dont elle contient deux sérotypes que l'on retrouve de façon exclusive chez les rats.
On estime que 17 % seulement des professionnels à risque sont vaccinés.
La vaccination bien tolérée leur assure une petite protection.
* Peut-elle être proposée contre la leptospirose de nos rivières ?
La vaccination contre un ou deux sérotypes ne permet pas d'obtenir une protection contre les 23 sérotypes polynésiens et encore moins contre les 100 à 200 sérotypes connus au monde. Cette vaccination a une chance d'efficacité de l'ordre de 40 %, mais Leptospira interrogans hemorragiae représente la majorité des formes graves.
* Peut-on proposer une vaccination qui ne réduit pas totalement le risque ?
Il existe un traitement efficace, l'antibiothérapie, à condition d'être administrée précocement.
Parce qu'il se croit protégé, traiter trop tardivement et voir se développer une forme grave chez un sujet vacciné serait un drame.
En l'état, la vaccination anti-leptospirose peut ne pas être préconisée comme moyen de prévention.
Par conséquent, il est fondamental :
* Autres formes de prévention :
Des précautions de bon-sens élémentaire réduisent les risques :