"Maladie virale grave d'apparition récente (1978) à déclaration obligatoire provoquée par un virus extrêmement polymorphe et contagieux."
Il s'agit d'une maladie virale due aux Parvovirus.
Elle n'existait pas avant 1978, année au cours de laquelle elle apparut simultanément en plusieurs endroits du globe.
Son origine exacte est toujours inconnue. (mutation à partir de la gastro-entérite féline ? Contamination à partir d'un foyer jusque là vierge de présence humaine et canine ? autre ?)
Il semble qu'à ses débuts elle était légèrement moins mortelle qu'à présent.
Le parvovirus est un virus à ARN en double hélice (l'ARN est usuellement une molécule en hélice simple et sert de machine à communiquer les ordres depuis le noyau de la cellule vers son corps). Il s'intègre donc facilement dans n'importe quel organisme, ou presque.
Il est très polymorphe, ce qui signifie qu'il peut changer d'aspect, et de mode d'attaque, un peu comme la grippe (dont on connaît environ 120 formes différentes) : Il mute.
Il s'attaque à plusieurs types d'animaux : mammifères (chiens surtout), oiseaux, insectes, ce qui explique son rayonnement considérable et très rapide.
Certaines races, comme les Dobermans et les Rottweilers, semblent plus sensibles que les autres.
La transmission se fait par contact direct avec le microbe, y compris par respiration.
Le virus diffuse par milliards à partir des animaux malades, par les excréments, la salive, le vomi (leur analyse en laboratoire confirme très vite la maladie : le virus est extrêmement abondant dans chaque particule rejetée par le malade).
Il est très résistant et peut tenir en milieu hostile pendant plusieurs années, bien qu'en moyenne on estime qu'au bout de six mois le risque soit nul.
Donc, à partir du moment où des objets quelconques ont été souillés, le transport de la maladie est inévitable, surtout ici où sa présence est générale. Des chiens ayant touché des excréments contaminés peuvent contaminer d'autres chiens. Chaussures, vêtements, mains sales, tout peut servir d'agent transmetteur.
Comme la survie du virus à l'extérieur est très longue, il est quasiment impossible de ne pas en transporter sans hygiène rigoureuse.
Il en existe au moins deux formes principales, qui s'expriment rarement en même temps sur le même sujet :
Gastro-entérite
La trop célèbre "gastro" des chiots.
En Polynésie Française, c'est le risque majeur, au même titre que le FIV pour les chats.
Attention : Elle ne concerne pas que les chiots, les chiens adultes sont concernés.
Gastro-entérite signifie maladie de l'estomac (= gastros, en grec) et des intestins (= entéron).
L'incubation dure de trois jours à trois semaines.
Les signes devant vous alerter sont :
La maladie déclarée est très rapidement mortelle si elle n'est pas traitée.
Et même alors, comme pour trop de maladies virales, le traitement est très aléatoire : Bien que de nombreux chiens malades et soignés s'en sortent, il n'existe pas de traitement curatif efficace à 100 %.
Une courte période de rémission précède la mort.
Dans ce syndrome, le virus attaque principalement la muqueuse intestinale qu'il détruit en profondeur. Ceci explique les diarrhées et vomissements sanglants, les petits repas, la déshydratation et la soif, comme la fatigue générale.
Il s'attaque ensuite à la lymphe (sang "blanc", sans globules rouges mais bourré de globules blancs, les cellules assurant la défense de tout l'organisme) et à la moelle des os qui "fond" très rapidement, détruisant par là le système immunitaire du malade (la moelle fabrique tous les globules du sang, et les globules blancs gèrent le système immunitaire).
Le virus peut aussi se manifester ainsi, bien que ce soit moins courant depuis 1997.
La myocardite est une maladie affectant les muscles du coeur (en grec, myos = muscle, cardios = coeur) : Le virus détruit le coeur jusqu'à ce qu'il s'arrête.
En Polynésie, le virus s'attaque plutôt aux chiots de 3 semaines à plus d'un an, majoritairement entre 3 semaines et deux mois. Ceci dit, on voit parfois des myocardites chez des chiens adultes.
Une fois la maladie déclarée, le pronostic est immédiatement sombre : Il n'existe pas de traitement contre le virus lui-même en phase d'explosion.
Tout au plus on peut soutenir l'animal dans sa lutte, avec des perfusions permettant de le réhydrater et de le nourrir.
Ceci suffit parfois à lui faire gagner la bataille mais le plus souvent la mort est au bout.
* Le premier moyen est le vaccin : Il est le seul moyen de lutter directement contre ce virus.
Le programme de vaccination mondial contre la parvovirose a fait ses preuves puisque les chiens adultes sont rarement atteints.
Il existe deux sortes de vaccins :
Dans le premier cas la vaccination est moins risquée, mais la couverture peut s'avérer imparfaite.
Dans le second, le système immunitaire est au contact avec un virus entier qu'il reconnaît donc parfaitement. Le risque est que certains de ces virus retrouvent tout leur pouvoir. C'est pourquoi on ne la conseille pas sur les très jeunes chiots (moins d'un mois et demi).
Un chien à vacciner doit être en parfaite santé, donc vermifugé bien avant (au moins 10 jours).
* Le second moyen de prévention est connu depuis plus de deux siècles et s'appelle l'hygiène :
Elle doit être rigoureuse si vous croisez chez vous ou ailleurs un animal contaminé, ou les lieux qu'il a fréquentés.
Le virus résiste à la majorité des savons et détergents et à l'alcool ! Le temps et le soleil n'y font rien.
Par contre, le chlore et l'eau de Javel sont efficaces.
En d'autres termes, pour minimiser les risques de façon significative il faut tout "passer plusieurs fois à la javel".
Plus de 80 % des chiots ne sont plus suffisamment protégés contre la parvovirose dès un mois et demi.
La raison est simple : Les bébés n'ont pas encore construit tout leur corps et le système immunitaire ne fait pas exception.
Pour y pallier, la nature a mis dans le premier lait de leur mère (la première tétée) ce que nous appelonsle colostrum.
Il s'agit d'un lait dopé en nourriture et anti-corps.
Il va assurer au chiot une protection égale à celle de leur mère au début, puis cette protection va décroître pendant 6 à 12 semaines.
Le chiot doit donc très vite construire la sienne.
En général ce relais maternel naturel est suffisant pour permettre au chiot de se construire en toute sécurité.
Pour la parvovirose, il n'est pas efficace.
Le virus a "trouvé" une faille et il attaque avec succès au bout de 5 à 6 semaines seulement.
Pour les chiens plus âgés, ayant fini de construire leur immunité, l'attaque est plus difficile.
Il existe donc un trou, une fragilité biologique touchant le système immunitaire des jeunes chiens.
Cette fragilité naturelle suffit à expliquer les hécatombes polynésiennes.
Ajouter à ceci la difficulté de maintenir une hygiène stricte en climat tropical humide, où, de surcroît :
l'ampleur de l'épidémie est tout à fait LOGIQUE.