Introduction

Après un échange de plus de 150 mails avec des membres de la WSPA (commission de l'ONU chargée de la gestion des populations canines), échange initié par la Pegasus Foundation alors alertée par l'affaire des chats du motu Tiahura , nous sommes arrivés à organiser un audit de la situation en Polynésie par des experts de la WSPA en août 1999.

Nous avions alors moins de 3 ans d'une existence totalement isolée et notre expérience ne pouvait que s'enrichir d'un savoir acquis d'une expérience vieille de plus de 150 ans et à l'échelle de toute la planète.

En application des stratégies préconisées par l'ONU en matière de surpopulation animale et décrites dans nos solutions , nous avons cherché, depuis 1999, à organiser une première campagne de stérilisations gratuites en Polynésie avec tous les partenaires possibles.

La première réaction fut l'indifférence quand ce ne fut pas l'hostilité.

Indifférence, de la part des instances territoriales et municipales, à de très rares exceptions près et hostilité de la plupart des vétérinaires locaux.

Les exceptions :

De toute façon, ces premières mini-campagnes reposaient sur la mise à disposition d'un vétérinaire du SDR , vétérinaire rapidement devenu indisponible, comme nous le verrons.

Les Hommes Contre

Hostilité, de la part des instances françaises (Haut Commissariat de la République Française) dont un représentant (ayant aujourd'hui quitté le territoire, mais qui s'est toujours montré un farouche défenseur du massacre systématique et d'un mépris hautain envers nous) prenait un malin plaisir à nous recevoir pour mettre nos dossiers à la poubelle quasiment sous nos yeux, et surtout quelques-uns de la petite vingtaine de vétérinaires privés exerçant pour l'ensemble des 250.000 habitants de la Polynésie. Ces quelques opposants forment un petit noyau puissant, malsain et cupide, dont la paranoia entraine les autres sur des pentes dont vous pouvez juger vous mêmes de la portée. Ils ont - entre autres - cru bon :

... la liste n'est ni complète, ni close, mais l'aveuglement, lui, est complet et la raison s'égare.

Nous n'avons pas ajouté de provocation aux leurs. Nous nous contentons de nous défendre. La Polynésie est petite et tout se sait un jour. Le temps donnera raison à la Vérité, comme d'habitude ici. Nous souhaitons simplement que la Vie devienne supportable à tous les animaux polynésiens et nous ne nous battons que pour ça.

Nous souhaitons aussi que les plus manipulés du syndicat auront un jour la force de s'opposer aux dictats et chantages des plus pervers au point d'empêcher ces derniers de continuer de nuire à la profession, aux animaux et aux gens.

Nous préfèrerons, de très loin, organiser des campagnes avec l'appui des vétérinaires locaux les plus réalistes, tels que celui de Bora-Bora. C'est beaucoup plus productif et facile que de le faire sans eux. Ils savent bien, ceux-là, que les campagnes de stérilisation réduisent durablement la surpopulation animale sans menacer leurs propres intérêts, augmentent leur notoriété, sensibilisent leurs clients potentiels plus facilement et durablement qu'une opposition systématique passionnelle, croyant protéger leurs intérêts contre un ennemi imaginaire, mais sans autre effet que de nuire à toute la population et à la profession vétérinaire elle-même.

Soyons sérieux : La part de responsabilité des vétérinaires privés est énorme dans l'état actuel de surpopulation animale. Elle n'est pas totale, mais elle est énorme : Les différents sondages et micro-trottoirs réalisés par des professionnels du sondage et du journalisme montrent que pratiquement TOUS les gens qui ont entendu parler de stérilisation ne l'ont pas fait à cause de son prix.

C'est compréhensible, en effet : Le revenu moyen en Polynésie est d'environ 250.000 F cfp/mois/foyer. Le nombre moyen d'enfants par foyer est d'environ 3 et le nombre moyen de chiens par foyer est aussi d'environ 3. Donc, le prix public imposé par les vétérinaires obligerait une dépense de 90.000 F cfp par foyer, (sans compter les consultations et suivis post-opératoires).

A ce prix-là, l'immense majorité de la population polynésienne ne pourra jamais stériliser ses animaux même si elle en a envie !

Cet état de fait perdure depuis plusieurs décennies : La clientèle actuelle des vétérinaires privés est assise uniquement sur les très hauts salaires et sur les âmes sensibles sacrifiant leurs moyens au delà du raisonnable pour tenter sans espoir d'endiguer un fléau ainsi savamment entretenu. Les autres n'ont jamais franchi le seuil des cabinets de la profession.

De là à conclure que tous les vétérinaires de Polynésie ne font rien, il y a un pas qu'il ne faut pas franchir : En 1999, une convention a été passée entre tous les vétérinaires pour aider toutes les associations sans discrimination (à l'époque). Cet accord a, dans l'ensemble, été à peu près respecté depuis vis à vis de Fenua Animalia, jusqu'en février 2004 où il a été rompu unilatéralement et sans préavis par le syndicat quand la campagne de Bora est devenue inéluctable.

Un Espoir Naît

Après la disparition de Boris LEONTIEFF ce fut le trou noir. Nous n'avions plus aucune possibilité de faire autre chose qu'un bricolage quotidien sans espoir.

Internet nous avait permis quelques espoirs, mais sans résultat : Ni la Confédération des SPA de France, ni Vétérinaires sans Frontières, ni la Fondation Brigitte Bardot n'avaient répondu à nos appels au secours. En fait, aucune des grandes associations françaises ne s'est émue de la situation polynésienne au delà de quelques mots de soutien moral. Loin des yeux, loin du coeur ...

La lumière est revenue plusieurs longues semaines après la disparition de Boris LEONTIEFF, fortuitement.

Un de nos adhérents a rencontré un touriste en vacances à Bora. Ce touriste était scandalisé par l'état et le nombre des animaux qu'il y voyait. Ce touriste était également membre d'une association internationale de vétérinaires bénévoles et il cherchait une association de protection animale pour voir comment faire pour soulager Bora.

C'était en 2002. Depuis, nous échangeons pratiquement quotidiennement des messages par Internet et ce sont ces messages qui ont permis la réalisation de la campagne de Bora. L'association de vétérinaires étrangers bénévoles est la Esther Honey Foundation dont les bénévoles payent eux-mêmes leur billet pour nous rejoindre au centre du Pacifique et travailler dans des conditions difficiles en pleine saison des pluies. Ils ont l'expérience du Pacifique puisqu'ils ont procédé à la même chose aux îles Cook (Rarotonga) et ont plus de 12.000 stérilisations à leur actif.

C'est l'appui de cette association qui nous a permis de monter un projet que nous sommes allés présenter au Ministre de l'Agriculture, M. Frédéric Riveta. C'est en lui demandant conseil pour trouver une commune intéressée qu'il a pris rendez-vous pour nous auprès de M. Gaston TONG SANG, maire de Bora-Bora, car ce dernier étant aussi le président du Syndicat pour la Promotion des Communes, sa participation dans la première campagne polynésienne devrait, en cas de succès, inciter les maires d'autres communes à en faire autant chez eux.

C'est le très vif intérêt du maire de Bora-Bora, puis son complet investissement dans le projet, qui a rendu possible cette première mission. La première chose qui a été réalisée fut un sondage de la population par les agents de la municipalité et par ceux du SDR. Ce sondage a montré qu'il fallait compter entre 3 et 4000 animaux de compagnie sur l'île. Cet estimation était primordiale pour pouvoir planifier le nombre de stérilisations à faire. De cette estimation découlent la quantité de médicaments, le nombre de vétérinaires et la durée totale des missions.

Tout ceci aura pris deux longues années de préparation. Ce délai est compréhensible car d'une part nous n'avions aucune expérience de ce genre, d'autre part nous n'avions aucun état des lieux permettant d'évaluer la population des animaux de compagnie à Bora-Bora. Il nous a fallu apprendre à organiser l'intendance, depuis les billets d'avion, l'hébergement, les salles d'opération et leur matériel, les carnets de rendez-vous pour les animaux et surtout gérer la venue de vétérinaires étrangers bénévoles ayant l'habitude d'utiliser des médicaments et outils non disponibles dans la zone douanière européenne.

Il n'y a pas de vétérinaire dans Fenua Animalia. Transformer une liste de médicaments non européens en liste compatible ne pouvait être fait par des vétérinaires n'ayant jamais exercé dans cette zone. La traduction devait donc se faire par des vétérinaires locaux, privés ou pas. La liste des médicaments et outils nécessaires nous a été remise plusieurs mois avant la campagne. Sa traduction devait être assurée par les vétérinaires du SDR, à la demande du ministre. Lorsque nous avons réalisé que ces vétérinaires aussi faisaient de l'obstruction nous n'avions plus le temps matériel d'organiser des collectes pour nous les procurer en dons. La seule solution a été de les acheter en passant par le vétérinaire de Bora-Bora.

C'est donc à l'opposition stupide des vétérinaires locaux et à leurs trafics d'influences que nous devons une telle facture. Elle aurait pu être grandement allégée sans leur attitude (auto)destructrice. (voir Les Hommes Contre).

Nous remercions au passage le petit coup de pouce donné par M. Allain BOUGRAIN-DUBOURG, président de la Ligue de Protection des Oiseaux et membre du conseil d'administration de la Fondation Brigitte Bardot qui, par son intervention à L'Assemblée Nationale auprès d'un représentant du Territoire a alerté ce dernier, en décembre 2003, sur le problème des médicaments et montré à cette occasion que les grandes organisations de France ne sont pas toutes indifférentes à la Polynésie.

La Campagne

Une campagne de stérilisation n'a aucune chance de servir à quelque chose si elle ne respecte pas la "loi des 70%" :
Il faut traiter entre 70 et 80% de la population en moins de deux cycles de reproduction , disons un an et demi, pour qu'un début d'efficacité soit visible. Rester en dessous, c'est créer une situation analogue à celle des massacres systématiques : Ça dope la fertilité des épargnés et, donc, la surpopulation. Aller plus loin (85, 90, 95%) stabilise les résultats pour encore plus longtemps mais c'est très difficile à atteindre.

Stériliser moins ne servirait strictement à rien. Ceux restés fertiles adapteront leur portées pour rétablir et même dépasser pendant un temps le niveau de la surpopulation actuelle (niveau qui est déjà intolérable). Les parasites et maladies qui vont avec n'en diffuseront que mieux. Ne parlons même pas des abandons, encore moins de l'impact sur l'environnement.

La première mission de la campagne de Bora-Bora a duré un mois, du 19 février au 17 mars 2004, et a traité seulement 15 à 20% de la population globale. Il est évident que "le gang des hommes contre" va tout faire pour qu'on en reste là. Ensuite, il sera si facile de nous faire endosser la responsabilité de l'échec en disant que la méthode ne marche pas : Nous nous sommes engagés dans un processus qui doit absolument être achevé pour donner ses résultats positifs, sinon c'est le risque d'une catastrophe épouvantable, pire qu'avant.

On manipule la Vie : Le danger est bien réel !

Bora-Bora est un petit début prometteur, mais pour l'instant ce n'est qu'un petit début. C'est tout. Nous sommes seulement dans la première mission de la première campagne de stérilisation en Polynésie, mission supposée traiter 4 à 600 des 4000 animaux de cette île loin de Tahiti. Nous avons stérilisé en moyenne une trentaine d'animaux par jour.

C'est un test de faisabilité. L'expérience que nous sommes en train d'acquérir servira à faciliter les missions suivantes qui permettront de traiter vraiment toute l'île. Ensuite il faudra effectuer le petit suivi qui consiste à repérer les nouveaux venus et à les stériliser aussitòt. Ce suivi ne peut être réalisé qu'avec le concours de l'équipe municipale et de la population (détection des nouveaux, retour après traitement) et surtout du vétérinaire local (identification, opération, suivi post-opératoire).

Concrètement

  1. La commune a organisé le découpage de ses quartiers et de ses habitants pour que tout le monde ne vienne pas apporter son animal le même jour.
  2. En fonction de ces listes d'inscription, des cages sont remises aux propriétaires (quand il y en a) la veille avec charge d'y mettre l'animal.
  3. Les animaux sont tenus à jeun à partir de la veille au soir, pour ne pas risquer de complications pendant l'opération.
  4. Les cages sont ramassées le matin par les véhicules de la commune et apportées dans une tente d'examen pré-opératoire.
  5. Un vétérinaire examine l'animal et décide si l'opération peut être tentée sans risque.
  6. Si c'est le cas, l'animal reçoit un calmant et attend son tour.
  7. Sinon, il est éventuellement traité contre ce qui rend son opération trop risquée et il restera là jusqu'à ce qu'on le ramène chez lui.
  8. Quand son tour vient, dans le cas général, il est apporté dans la salle d'opérations où il est tatoué et stérilisé.
  9. Il passe ensuite dans une salle "de réveil" où il est observé quelques heures, pour parer d'éventuelles complications (rare).
  10. Il y reste au moins jusqu'au soir où l'équipe municipale - ou son maître - le ramène chez lui.
  11. Si, dans les jours qui suivent, des soins s'avèrent nécessaires (rare), il est reçu chez le vétérinaire privé de Bora-Bora.

Les points sensibles de la chaîne ayant besoin d'un vétérinaire sont les suivants :

Les vétérinaires se répartissent en fonction de ces postes mais peuvent changer leur affectation à tout moment, celon les circonstances.

La démarche est simple, mais 30 par jour avec 6 praticiens de moyenne est un rythme qui n'est pas celui de vacances. De plus, chaque vétérinaire impliqué ne reste pas forcément pour toute la durée de la mission.

Il n'y a pas de discrimination autre que sur les revenus des propriétaires : Ceux ayant manifestement les moyens de payer une stérilisation ne sont pas prioritaires, ils passent après ceux ayant des revenus modestes qui passent après les animaux errants. Le but de la campagne est d'atteindre plus de 70% des animaux. Les gens fortunés sont rarement propriétaires de beaucoup d'animaux non stérilisés. On ne peut leur interdire l'accès à la stérilisation gratuite, de la même manière qu'en France rien ne leur interdit d'aller s'approvisionner aux Restos du Coeur, où ils ne se précipitent pourtant pas.

Après La Campagne

L'heure sera aux bilans :

Nous envisageons toujours d'autres campagnes, dans d'autres îles, en toute confiance. Tout au plus pouvons nous espérer un meilleur appui des grandes associations européennes.

De toute façon, l'initiative d'une campagne restera toujours celle du maire de la commune. Le soutien exprimé de ses électeurs pour lancer ce processus dans sa commune ne peut que l'aider à commencer...