La Polynésie Française est un Pays Français d'Outre-mer (POM) constituée de 5 archipels situés au centre de l'océan Pacifique.
Ces 120 îles sont regroupées en 48 communes d'importance très variable, Tahiti étant - de très loin - la plus peuplée : 180 000 hab. sur 260 000 en 2007.
Le peuplement est constitué de maohis, européens et chinois. Une frange non négligeable de la population est constituée de "demis" c'est à dire de personnes au sang mélé. Chaque ethnie a apporté sa culture et ses traditions.
Depuis toujours les polynésiens ont eu des animaux, certains d'entre eux y consacrant toute leur vie au détriment de leur confort personnel, d'autres les considérant comme une ressource alimentaire. Ces deux attitudes contradictoires contribuent à compliquer la gestion de la situation, il est difficile de trouver une politique de gestion qui n'enflamme pas immédiatement les opinions.
La législation en la matière est soit ancienne et obsolète, soit inadaptée car conçue par et pour la métropole, soit inexistante.
Il n'existe aujourd'hui aucun élément statistique sur les animaux de compagnie, que ce soit aux services de l'Institut Territorial de la Statistique (effectifs, répartitions, etc.), de Police (accidents, empoisonnements, etc...) de la Caisse de Prévoyance Sociale (blessures, maladies, etc...), ou du Service Territorial du Tourisme, comme après des Compagnies d'Assurance privées. Ceci montre bien à quel niveau se situe le désintérêt et/ou l'embarras local.
Il n'y a donc, à ce jour, aucune prise en charge réelle de la population de chiens et de chats par toute la société. Il s'en suit une surpopulation calamiteuse qui perdure depuis de nombreuses décennies, avec son cortège de souffrances : épidémies, accidents, famines.
De nombreux efforts ont pourtant été menés sporadiquement depuis longtemps par tous les acteurs polynésiens afin de tenter de gérer l'impact des animaux dans la vie sociale. A ce jour il ne reste rien de ces efforts méritoires, et les actions actuellement menées par les uns ou les autres sont bloquées, ou sans effet réel sur le long terme.
L'effectif global de la population polynésienne continuant d'augmenter, les comportements irresponsables ne faisant pas l'objet d'une lutte d'envergure efficace, les gens n'ont aucune raison de changer d'attitude vis à vis des animaux, l'impact de ces derniers ne peux donc que croître, la situation ne peut qu'empirer avec le temps.
La question embarrasse tout le monde, depuis les particuliers qui ne savent pas comment résoudre leurs problèmes, jusqu'aux organismes publics qui ne savent pas comment aider, organiser et coordonner leurs propres efforts (ministères, municipalités, police, gendarmerie, services sociaux), en passant par les associations essayant de pallier au problème dont l'ampleur les dépasse considérablement en l'état, sans moyens ni compétences reconnues.
Le corrolaire de cette démission collective est que la population humaine, y compris les gens de bonne volonté sont tous pris au dépourvu lorsque confrontés au problème, par manque d'information et de savoir-faire de base.
La situation est tellement choquante que toute personne normalement constituée ne peut psychiquement rester au contact du terrain très longtemps sans en subir de conséquences. La plupart des bonnes volontés abandonnent au bout de quelques mois.
Cette situation nous semble être due aujourd'hui à un manque de cadre général de travail, car les bonnes volontés sont suffisamment nombreuses pour trouver des solutions.
Les éléments dont nous disposons sont ceux issus de notre action et de nos contacts avec les autres intervenants (vétérinaires, associations, police, pompiers, particuliers).
Les chiens et chats peuvent être rangés en catégories ordonnées :
Ces catégories sont arbitraires, la population animale se répartissant de façon continue d'un extrême à l'autre.
Ce serait une erreur politique et culturelle que de ne pas prendre en compte la notion très polynésienne "d'animal de quartier". Cette spécificité n'est partagée que par très peu de pays et n'est pas souvent prise en compte dans les schémas classiques venant de l'extérieur.
Le nombre d'animaux par foyer peut prendre des proportions démesurées, y compris chez des gens de bonne volonté, au regard de l'espace dont le foyer dispose (on en a rencontré jusqu'à plus d'une trentaine dans 45 m²).
Les maisons clôturées ne sont pas le cas général et semblent plus réservées à la population aisée, mais, là aussi, les données statistiques n'existent pas.
Aujourd'hui, en Polynésie Française, la stérilisation d'une chienne coûte 40.000 F cfp (# 333,00 Euros), celle d'une chatte 17.000 F cfp (# 140,00 Euros). Le SMIG mensuel brut est de 130.000 F cfp (# 1.080,00 Euros) en 2007. Le nombre d'animaux par famille est supérieur à un et il n'y a pas un salaire par personne.
Ces coûts trop élevés sont le premier grief que nous rencontrons sur le terrain : Entre stériliser les chiennes ou/et les chattes et acheter à manger aux enfants, la question ne se pose pas.
La population est sensibilisée mais se sent impuissante.
Le manque de connaissance et de savoir-faire est flagrant quant à l'hygiène de base, à la surveillance des maladies contagieuses (parasitaires ou virales), à la responsabilité civile, à l'alimentation, aux soins de santé minimums, et à la maltraitance. Ceci vaut autant pour ceux qui aiment leurs animaux comme pour ceux qui les utilisent (gardiennage, chasse, lutte contre les rongeurs, etc.) ou les mangent (certains vétérinaires locaux estiment qu'aux Tuamotu un chien sur deux est entretenu dans ce but). Le travail d'éducation générale à mener est de grande ampleur.