De: Fenua Animalia
A: ' cmmoorea@mail.pf '
Date d'envoi: lundi 12 avril 1999 11:26
Objet: Les chats du motu du ClubMed de Moorea
M. Teach , (chef du 'village')
Comme le Dr MEGE dit qu'il est toujours en attente de ces chats, pourriez-vous nous dire où en sont les choses aujourd'hui de votre côté ?
Rencontrez-vous des difficultés ?
Les cages sont-elle prêtes ?
Quels problèmes rencontrez-vous pour attraper les chats ?
Nous nous demandons pourquoi les choses ne semblent pas avancer .
Comme vous pouvez le voir, ce mail est en copie pour certaines de nos relations locales et étrangères avec lesquelles nous essayons de régler cette affaire avec vous. Vous pouvez le montrer à M. Scott et M. Garnier. (direction du club à Moorea à cette époque). S'ils disposent de leur propre adresse e-mail, je vous serai reconaissant de me les donner.
Ci-dessous suit le rapport que vous m'avez demandé, sur la visite que nous avons faite le mois dernier au motu.
Sincèrement,
Eric LOEVE.
Papeete, le 28 mars 1999 à 19:20.
RAPPORT DE VISITE SURPRISE
I. FAITS :
Ce matin, Helène DESMEROUX, Secrétaire de Fenua Animalia, et moi-même (Eric LOEVE, trésorier) avons fait une expédition surprise sur le motu du Club Med de Moorea, motu qui s'appelle, en fait, le Motu Tiahura, et non Irioa. Nous avons pris le seul bateau du dimanche matin permettant d'emporter une voiture, partant à 7:45 et arrivant à Moorea vers 9:00.
Nous sommes tout d'abord allés voir la clinique vétérinaire du Dr MEGE que nous ne connaissions pas. Elle était évidemment fermée. Deux numéros de téléphone étaient affichés, mais comme nous n'étions pas spécialement venus pour le voir nous sommes repartis directement au Club Med que nous avons atteint vers 10:00.
Là, aucun haut responsable n'était présent, seulement l'équipe régulière. Ils étaient contents de nous voir. Ils nous ont montré les pièges qu'ils construisent pour attraper les chats. J'en ai pris des photos. S'ils sont effectivement utilisés un jour pour attraper des chats errants, il est important que les chats ne restent pas trop longtemps à l'intérieur : Ils l'endommageront ou se blesseront eux-mêmes, ou les deux.
Ensuite, vers 11:30 nous avons rejoins le motu. Nous en avons d'abord parcouru la périphérie, puis l'avons traversé, à pied. Le tout nous a demandé plus d'une heure. Le motu est vaste, la partie centrale n'a pas dû être recouverte par la mer depuis très longtemps. Elle est couverte par une jungle dense : C'était une cocoteraie autrefois, mais elle est abandonnée, ou presque, aujourd'hui.
Les principaux grands arbres sont des cocotiers (Cocos nucifera), Aito (Casuarina equisetifolia), et Purau (Hibiscus tiliaceus). Sous ces arbres, leurs jeunes, avec des Nono (Morinda citrifolia), Pandanus (Pandanus sp.) et, au niveau de notre hauteur, les mêmes avec du lantana (Lantana camara) et d'autres buissons, plus ou moins recouverts des feuilles pourissantes, ou sèches tombées des autres.
Ceci explique que j'ai eu à utiliser ma machette de temps en temps et que les chats errants peuvent s'y volatiliser en moins d'un mètre.
La faune est relativement abondante : de nombreux lézards (Emoia cyanura), quelques pistes de rats et des crottes (légèrement moins que sur la grande île), oiseaux terrestres (Estrilda astrild, Emblema temporalis, Pycnonotus caffer y ont été observés, seuls, en couples ou en bandes) ainsi que des nids; oiseaux de mer : Noddis (Anous stolidus ou minutus), sterne blanche (Gygis alba), petite Frégate (Fregata ariel, un jeune sur un cocotier) et sans doute d'autres.
Puis, nous nous sommes arrétés près d'un endroit ou est construit un barbecue en béton. Il y a deux endroits de ce type le long du rivage. Celui-ci est situé du côté opposé au domaine de l'hôtel. Nous nous sommes fixés près de quelques poubelles et nous avons attendu. Nous avons réparti par terre en différents endroits de la nourriture pour chats et nous avons attendu silencieusement à proximité.
Un chat gris de 6-8 mois passa et disparut. Peu après vint un adulte qui engloutit la presque totalité d'une petite boite, mais impossible de l'approcher au point d'en déterminer le sexe, peut être une jeune et timide femelle enceinte (photos). Grise aussi. Elle disparut également.
Ensuite, presque immédiatement, un jeune gris (4-6 mois), vraissemblablement une femelle aussi, vint amicalement demander à manger. Elle est restée un long moment après son repas, semblant également en bonne santé bien qu'affamée (au départ). Elle ne pouvait pas supporter le contact direct avec l'homme. Pas de gâle dans les oreilles, pas squelettique, selon toute vraissemblance ayant des puces et des vers, mais en apparent bon état général (pas grasse pour autant).
Nous sommes repartis ensute (en effectuant une autre traversée) parce que je voulais avoir, avant de prendre le bateau du retour, le temps de rencontrer un responsable à l'hôtel, le seul disponible hors rendez-vous ce jour-là : le chef du 'village'.
Un membre du personnel m'a dit qu'elle avait nourri deux chats la veille, mais des tigrés gris, de l'autre côté du motu (côté Club Med), de toute évidence ce ne sont pas les mêmes. Nous sommes restés, en tout, 3:30 sur le motu.
II. ANALYSE & CONCLUSIONS :
Il m'est totalement impossible de dire combien de chats vivent là en ce moment. Cette terre est suffisamment vaste pour être partagée en territoires distincts par les chats. Pour en avoir une idée il faudrait passer au moins une nuit sur le motu et et organiser quelques points de nourrissage à proximité des poubelles qui semblent être un important point de ralliement pour au moins les moins farouches d'entre eux. Peut-être disposer des cages autour, mais, même ainsi, même en ignorant la "dérive" provoquée par les brutes qui abandonnent leurs animaux ici (ce qui - donc - signifie que ce motu, comme presque tous les autres, sera toujours un problème) le recensement exact est impossible à réaliser.
Je peux affirmer que, s'ils trouvent suffisamment à manger, c'est un véritable paradis pour eux : Pas de chiens, pas de voitures, peu de gens, une forêt dense et vivante pour les protéger des intempéries et des humains et pour fournir une alimentation naturelle. Hélas, il n'y a absolument aucune garantie que l'eau sera disponible en quantité suffisante pendant la saison sèche, ni que le "nourissage naturel par les hommes", qui a lieu couramment, de façon évidente, restera suffisament important au cours du temps. (je veux parler du comportement de personnes venant là à l'occasion, et suivant les conditions climantiques. Comportement présent un peu partout, dans toute la Polynésie, mais ne pouvant pallier au gigantesque besoin de la Polynésie et qui consiste à nourrir gratuitement les animaux abandonnés ou errants).
Je ne saurais dire combien de chats errants cette terre est capable de supporter écologiquement, à longue échéance, entre 5 et 15, je pense, selon les ressources effectives que je suis bien incapable d'évaluer en un temps aussi court. Je ne pourrai pas affirmer non plus que ces chats ont été jetés ici seulement par le Club Med, ni être certain qu'ils l'ont effectivement fait. Beaucoup de gens semblent venir ici par eux-mêmes (posséder un petit bateau est une chose courante en Polynésie). Qui plus est, le motu est suffisamment grand pour appartenir à plus d'un propriétaire : J'y ai trouvé des fils de fer barbelé, ce qui prouve le fait et ceci m'a été confirmé à l'hôtel.
Le chef du 'village' m'a dit que les chats ne sont pas nourris par le Club et ne le seraient jamais. Je peux comprendre : Connaissant la Polynésie, s'ils le faisaient, très rapidement, le motu se remplirait alors de centaines de chats abandonnés là exprès par des particuliers.
Nous tenons à rappeller qu'il est quasiment impossible de civiliser des chats errants adultes et de les proposer sérieusement à l'adoption. Il faut absolument avoir ceci bien en tête. Pour les plus jeunes, c'est plus facile, mais il n'existe toujours pas de refuge en Polynésie.
Le chef du 'village' m'a également dit que l'enceinte de l'hôtel pouvait abriter environ une dizaine de chats stérilisés, mais pas plus. Le surplus sera un vrai problème s'il s'agit d'errants adultes. En fait, le motu est plus grand que l'hôtel, en termes d'habitat pour chats.
Il m'a confirmé que le Club s'occupait de la gestion de la capture et du transport des chats jusqu'à la clinique vétérinaire de Moorea (Dr Emmanuel MEGE) et des cages de piègeage.
Je crains cependant que le temps pendant lequel les chats resteront prisonniers de ces cages soit trop long, en particulier en cas de mer forte. Une autre chose à avoir en tête est que si il y a eu un jour des chats mourrant de faim, pour aujourd'hui rien ne permet de l'affirmer, ni de l'infirmer. En tout état de cause, la situation que nous avons vue ajourd'hui n'est pas hyper-dramatique, du style de celles que nous affrontons tous les jours ailleurs.
A mon avis, cette affaire doit être réglée le plus vite possible et semble y être en bonne voie, mais ce serait un gaspillage que d'y concentrer toute notre faible énergie : Il y a beaucoup de situations plus critiques (tels ces chevaux mourant de faim, au pk 4 de Moorea) qui demandent à être traitées plus sérieusement en même temps.
Pour vider le motu, le besoin principal aujourd'hui est le temps : le temps de finir les cages, le temps d'attraper les chats, le temps de les ammener à la clinique, et le temps pour trouver le meilleur endroit possible où les mettre après.
Eric LOÈVE.
DEA d'Ecologie Tropicale et de Biogéographie.