Enjeux

Fenua

En Polynésie, il semble que la catastrophe ne sera prise au sérieux qu'une fois devenue vraiment irréversible et désastreuse, sans doute à partir de 2009.
L'échec néo-calédonnien, avec son abandon complet de la culture du café, ne semble pas servir d'avertissement.
 
Si la Nouvelle-Calédonie peut s'appuyer sur ses gisements de nickel pour trouver une sortie viable, la Polynésie ne peut compter que sur son tourisme et son agriculture, c'est à dire sur les cibles de prédilection de cette peste.
C'est dire la gravité de ce qui se profile pour elle une fois cette guerre perdue.
 

La lutte collective doit donc être la plus précoce et la plus violente possible.
 

Aujourd'hui, en mars 2008, c'est à dire trois ans et demi après la première alerte publique, elle n'est toujours pas réellement engagée puisque :
 

Bien que tout ne semble pas totalement perdu, la situation de la Polynésie est critique, pour elle-même comme pour tous les pays qui échangent avec elle :

Tahiti est, actuellement et de plus en plus, une menace grave
pour toutes les autres îles polynésiennes
et pour tous les pays échangeant avec elle.

À ce jour, la Polynésie est encore en train de chercher à se structurer pour faire face à ce fléau dont la majorité de sa population sous-estime encore la gravité réelle.
 
Elle a besoin de soutiens et d'appuis internationaux, nationaux et locaux :

Un site dédié à cette peste en Polynésie a été monté et d'autres sites comme le nôtre se font l'écho de ce désastre.

L'espoir demeure donc encore, mais il est très faible et se réduit tous les jours.
 
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Pour que nous puissions saisir notre dernière chance de ne pas tout perdre, parlez-en, diffusez ces informations autour de vous.
Merci pour le pays, merci pour la Terre.

 
  Si vous habitez en Polynésie dans une zone encore non testée,
faites une détection chez vous et donnez nous vos résultats.
(cf. Réagir ci-dessus)

La 2e vague

Outre-mer : La mort silencieuse
 

Les départements, territoires et pays d'outre-mer sont pour la plupart situés entre les tropiques ou au-delà des cercles polaires, c'est à dire dans des zones biologiquement extrêmement fragiles, les unes parce que les conditions de vie sont totalement inféodées aux spécificités de leurs climats extrêmement froids et les autres à celles de la complexité luxuriante de leur biosphère issue elle-même de leur climat idéal au développement de la vie. Leur colonisation par l'homme, et surtout par ses industries et leurs rejets, est en train de simplifier à outrance leur diversité en espèces, voire leur vie tout court. Chacun sait à présent que le réchauffement climatique a pour premières cibles les contrées où le maintien de la vie et de sa diversité sont les plus fragiles. Le changement climatique est à la mode depuis quelques années par ses effets destructeurs extraordinaires, maintenant palpables pratiquement partout au monde.

La deuxième plaie mondiale

Il existe une autre source dévastatrice, en partie associée à la précédente, qui ravage le monde d'une manière tout aussi insidieuse et sélective mais dont les effets n'ont pas encore atteint un niveau aussi flagrant, pour l'instant : Les introductions d'espèces. En effet, si le réchauffement climatique a pris sa source dans la révolution industrielle de 1850, les espèces envahissantes n'ont commencé leur dissémination qu'avec la modernisation de nos moyens de transport, modernisation issue elle-même de cette révolution et ayant pris sa vitesse de croisière bien après 1850.

En pratique, l'importation d'espèces nuisibles et dangereuses dans des écosystèmes très éloignés des leurs a été et demeure essentiellement passive, invisible. Si, parfois, l'introduction d'une peste a pu être volontaire, comme celles des Euglandina rosea (escargot carnivore américain) ou Platydemus gondii (vers plat) contre Lissachatina fulica (escargot géant africain) ou encore Wasmannia auropunctata (Petite fourmi de feu ou Fourmi électrique) contre les parasites agricoles au Gabon, l'essentiel des espèces dites envahissantes ont colonisé d'autres écosystèmes que les leurs par voie passive, en passagers clandestins de nos très modernes et très efficaces moyens de transport. étant donné que le rythme des échanges mondiaux va en s'accélérant et que les mesures anti-prophylactiques de biosécurité en sont à un niveau encore plus balbutiant que celles contre le réchauffement climatique, le nombre de ces invasions suit une trajectoire exponentielle à l'échelle planétaire. Les régions les plus dramatiquement touchées sont, évidemment, celles les plus fragiles au monde.

Exponentielle silencieuse

L'impressionnante montée en puissance de ces importations aussi catastrophiques que silencieuses au départ a amené l'ONU à constituer un groupe permanent de surveillance, l'ISSG ou Invasive Species Specialists Group, au sein de la Commission pour la Survie des Espèces, elle-même département de l'UICN. Le nombre d'espèces classées comme envahissantes a dépassé les 5.000, il s'y en ajoute régulièrement et de plus en plus souvent.
L'ISSG s'est doté d'un site Internet où il tente de les décrire et de surveiller leur progression mondiale. Parmi ces plusieurs milliers d'espèces envahissantes, il en a pointé une centaine comme étant les plus offensives (http://www.issg.org/database/species/search.asp?st=100ss&fr=1&str= ) Les espèces concernées appartiennent au règne animal comme au règne végétal. Pratiquement toutes les familles y sont représentées, depuis les rudimentaires virus jusqu'aux très évoluées graminées, fourmis et mammifères supérieurs.

Il est très affligeant de constater que les régions d'outre-mer sont toutes touchées par la majorité des espèces de ce "top 100" et que ceci soit totalement passé sous silence au niveau central. Il est encore plus affligeant de constater que les espèces situées tout en haut de ce classement par dangerosité ne fassent l'objet d'aucune stratégie de lutte ou de prévention spécifique en dehors de trop rares réflexes d'autodéfense de certaines des régions directement concernées. L'outre-mer est ainsi abandonné à lui-même face à ces catastrophes pourtant aussi graves que le furent le célèbre doryphore, la grippe espagnole ou le Phylloxera, en Europe.

Aujourd'hui, qui, en métropole, sait ce qu'est un Miconia, une Petite Fourmi de Feu ou un virus du bananier ?

L'Outre-mer, puis l'Europe

Dans les grands pays continentaux la perte de biodiversité est essentiellement due à la dégradation des habitats. Dans l'outre mer insulaire, constitué de petits habitats expliquant son fort taux d'endémisme, les espèces envahissantes sont la menace principale. Or, Les grands pays continentaux supervisant cet Outre-mer insulaire lui en sont très éloignés, ce qui biaise leur compréhension des véritables contraintes et enjeux. La récente explosion de Chicungunya en témoigne.

A l'heure où la conservation de la biodiversité de l'outre-mer semble être à la mode, ce silence total est plus que surprenant car toutes les espèces envahissantes, sans aucune exception et les pires en tête, toutes les espèces envahissantes massacrent la biodiversité des écosystèmes où elles arrivent à s'implanter, les dégâts infligés aux cultures et autres activités humaines ne sont que la partie émergée d'un immense iceberg.

La catastrophe de ces invasions est tellement passée sous silence qu'il n'existe aucun état des lieux précis accessible au public alors que le principal vecteur des invisibles diffusions passives est ce même public. Les rares plans de lutte sont entièrement assumés par les collectivités locales touchées. La république dit que tous les citoyens sont partout égaux. Pourquoi ce silence et cet abandon, depuis un demi-siècle ?

Si la Nouvelle-Calédonie ne peut plus expulser la Petite Fourmi de Feu à présent, à cause de l'immensité des territoires conquis, ce n'est pas encore le cas de la Polynésie.

La Nouvelle-Calédonie a besoin d'aide pour tenter de dégager les zones les plus indispensables à ses activités et trouver des solutions pour faire reculer cet ennemi.

La Polynésie a besoin d'aide pour faire son état des lieux complet et pour éradiquer les infestations naissantes partout où c'est encore possible.
L'Outre-mer entier a besoin de solutions modernes pour tenter de sauver ce qui peut encore l'être. L'Outre-mer a besoin de moyens spécifiques pour fermer biologiquement ses frontières aux pestes qui ne l'ont pas encore atteinte et pour combattre celles qui y sont déjà entrées.

La métropole a tout intérêt à aider l'Outre-mer car ces espèces tropicales envahissantes et très nuisibles voient leur aire de répartition mondiale s'élargir à cause du réchauffement climatique et des activités humaines : Certaines serres et immeubles climatisées en permanence en Angleterre comme au Canada sont déjà envahis de façon préoccupante par cette Petite Fourmi de Feu et ce malgré des barrières bio-sanitaires pourtant bien plus strictes à leurs frontières que celles de l'Outre-mer et des moyens de lutte et de prévention bien plus accessibles que depuis l'autre bout du monde. La très grande majorité des productions de l'Outre-mer à l'export passe d'abord par la métropole, le principal flux de touristes de l'Outre-mer vient aussi de métropole. Le risque est donc très grand.

L'Outre-mer supplie la métropole d'être considéré autrement que comme un terrain de jeu uniquement constitué de lagons, sables et cocotiers ou comme réservoir à Nickel : L'Outre-mer ne pourra jamais mettre en oeuvre seul des moyens au niveau de ceux pris par l'Europe contre les espèces envahissantes qui l'ont autrefois agressée, (Phylloxera, Doryphore, Jacinthe, Caulerpe, etc.) alors que la surface de ses territoires lui est bien supérieure, sa biodiversité bien plus fragile et son réseau de communications bien plus rudimentaire.

L'Outre-mer est en train d'en mourir lentement et cette maladie pernicieuse est infiniment contagieuse.


Éric Loève - Tahiti - 7 avril 2007.

Annexe

ÉVOLUTION DES TECHNIQUES DE TRANSPORT

Sans les paliers indiqués des deux guerres mondiales, cette représentation du rythme de ces inventions suivrait une courbe exponentielle quasi-parfaite :

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  • 1690 : La machine à vapeur, inventée par Denis Papin ;
  • 1707 : Premier bateau à vapeur, inventé par Denis Papin ;
  • 1804 : Premier train, construit par un ingénieur anglais, Trevithick ;
  • 1822 : Moteur électrique à courant continu, inventé par Peter Barlow ;
  • 1860 : Moteur deux-temps, construit par étienne Lenoir ;
  • 1876 : Moteur à explosion 4-temps, inventé par Nicolas Otto ;
  • 1886 : Moteur à essence 4-temps, créé par Karl Benz ;
  • 1888 : Moteur 6-cylindres en ligne, inventé par Fernand Forest ;
  • 1892 : Moteur Diesel, inventé par Rudolf Diesel ;
  • 1913 : Moteur à réaction, créé par René Lorin, suivi de René Leduc en 1936 ;
  • 1926 : Première fusée à propergol liquide, lancée par Robert Hutchings Goddard, le 16 mars ;
  • 1930 : Turboréacteur, inventé par Frank Whittle ;
  • 1949 : Premier avion à réaction pour le transport de passagers, le "De Havilland Comet" décolle le 25 octobre ;
  • 1942 : Le réacteur nucléaire, inventé par Enrico Fermi ;
  • 1954 : Premier sous-marin à propulsion nucléaire, mis à l'eau par la marine américaine le 21 février.

Comme nous venons de le voir, celui des invasions passives ne peut que le suivre, à une échelle infiniment plus grande.

La photo satellite composite ci-dessous a été obtenue en marquant d'un point jaune chaque navire détecté à intervalles réguliers. Un même navire y est donc représenté plusieurs fois.
 
Elle donne une bonne idée des routes principalement suivies par le flux maritime, les pipe-lines à espèces envahissantes :

marine-shipping-paths.jpg
 

Le Japon s'y taille la part du lion. Les deux principaux noeuds au milieu de l'océan sont Hawaii dans l'hémisphère nord et Tahiti dans l'hémisphère sud. Le canal de Panama débouche principalement en Nouvelle-Zélande et à Tahiti. La Nouvelle-Calédonie est un noeud entre Hawaii, L'Australie, le Japon et Fidji, cette dernière étant aussi un récepteur direct des USA et un presque direct du canal de Panama.